Vous revoir.

Il y a, à côté de mon marché, un leader price. Il est petit et facile à « naviguer » contrairement aux énormes centres commerciaux. J’y suis passée mercredi, et alors que je me dirige vers la caisse, mon regard croise celui d’une dame âgée. Elle tend le bras vers le haut du rayon. Je vais vers elle et elle me dit: « c’est trop haut, j’ai 90 ans, je pourrai tomber!» Tout en lui attrapant sa boîte de raviolis, je la regarde, étonnée et je lui réponds: « 90 ans? Vous ne les faites pas, vraiment! »
Puis son histoire commence. Elle me raconte avoir passé la matinée à pleurer, elle se sent seule. Le week-end dernier à Pâques, personne n’est venu la voir. Ni ses enfants, ni ses petits enfants. Ils habitent à plusieurs heures de Toulouse. Et son petit fils de 43 ans, qui est dans la même ville, même lui n’est pas venu. Elle me dit qu’elle aurait aimé les voir, peut-être pas tous à la fois, mais au moins l’un d’entre eux. Son cœur est lourd, sa voix si douce me répète: « À mon âge être seule … vous savez … »
Je lui explique que moi aussi j’ai connu la solitude, et qu’être jeune ne signifie pas forcément être entourée. Que parfois, il ne faut pas chercher à comprendre, il faut juste vivre. On se regarde. Elle me parle longuement de nombreux souvenirs et de son premier mari décédé pendant la guerre d’Indochine alors qu’elle avait 26 ans. Si jeune et déjà un tel traumatisme, une perte si lourde.

Je l’écoute, j’ai le temps, mon fils est à la crèche. J’ai le temps mais, au fil de la discussion, le sourire lui revient et elle veut déjà partir. On doit se séparer. « Je vous fait un câlin! » lui dis je. Et hop, dans les bras l’une de l’autre, elle qui a 3 fois mon âge. Peut-être 3 fois ma vie et des millions d’expériences au compteur. Tant de choses à partager.

Je souhaite tellement la revoir.

Elodie

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Mon fils

À ta naissance, j’ai découvert l’amour inconditionnel. Quelque chose qui m’a complètement surprise et bouleversée, overwhelmed comme ils disent en anglais.

J’étais complètement submergée, dépassée par tant d’amour. Je ne savais pas qu’on pouvait tant aimer.

Et toi, à mon réveil je t’ai vu, enfin, je t’ai tellement attendu.

Nous étions 3 dans la pièce , ton père et ma maman. Mais, c’est vers moi que tu t’es tourné.  Vers moi. (Ca y est je verse ma larme) Tu m’as choisi, encore, tu me regardes et tu ouvres la bouche, tu la refermes, tu ouvres , tu continues et tu me fixes. Tu es calme.

Je suis surprise, tu as quelques heures, je ne sais plus combien, ma longue sieste après la césarienne ma déboussolée. Tu es tout petit, à peine 3 kilos et tant de volonté, tu y mets toute ta force, tu y  mets tout ton cœur, tu me parles.

Je demande à ta grand mère de regarder. Qu’est-ce que tu peux bien faire? Elle me dit que tu as faim. Ah bon? Il sait dire qu’il a faim! Il sait me choisir dans une pièce, il sait tourner la tête vers moi … Il sait dire qu’il a faim. Je suis surprise. Tu sais te faire comprendre et je ne peux pas ignorer les choses que tu sais dire.

C’était notre deuxième tétée et depuis, le jour comme la nuit, on ne les compte plus.