Mon secret

Il y a toujours deux versions à une histoire. C’est drôle, dans ce monde tout est question de perception. De point de vue. Je vais te parler d’un sujet très personnel, intime même. 

L’intuition – tu connais?

Selon le Larousse, intuition signifie:

  • Connaissance directe, immédiate de la vérité, sans recours au raisonnement, à l’expérience.
  • Sentiment irraisonné, non vérifiable qu’un événement va se produire, que quelque chose existe : Avoir l’intuition d’un danger.

Certains qualifient cela de don, pour moi c’est un genre de poison qui abîme ma vie. À force de trop savoir, trop tôt. J’arrive, de façon déconcertante à identifier les motivations d’une personne, à prévoir son comportement, ses paroles, sa manipulation. Souvent je raconte à mon mari ma perception d’un événement, il doute, puis les choses arrivent. Comme je les imagine, à dire vrai, je me suis trompée une fois (mais bon, là, cette histoire là n’est pas finie …) Mais imagine un peu vivre en permanence, et pour différentes personnes, avec ce sentiment qu’un danger arrive, qu’il y a un truc qui cloche.

C’est une vie déconcertante. Qui a commencé très tôt et qui m’épuise, souvent, j’aimerai ne pas savoir. Alors, je ne suis pas médium, voyante ou autre. Je raisonne très vite et très loin. Je devine. Je perçois les sous entendus. Je tombe toujours sur les regards en coin, les yeux levés au ciel qu’on pense discrets, les petites phrases chuchotées. Je tombe dessus, toujours. Alors, pourquoi ? Je ne sais pas. Je sais juste qu’on mon cerveau voit les problèmes arriver de très très loin. Et évidemment, comme pour le cordonnier, cette intuition ne marche pas sur moi. Je ne me devine pas. Je sais pour mon mari, mon fils, mes parents, mes proches, les inconnus à qui je parle pendant un moment. C’est déjà, croyez moi, vraiment vraiment beaucoup. C’est trop.

Entendre un mot, capturer un regard et avoir la capacité d’écrire ce qui va se passer, pas juste le lendemain mais sur 2/3 années ( et parfois bien plus). Mon cerveau a cette faculté de perception depuis ma petite enfance. Il faut d’ailleurs que je m’y penche, essayer de m’en défaire un peu, et vivre naïvement.

Ça doit être bien de ne pas savoir.  De ne pas voir les problèmes des personnes que l’on aime arriver. Cela doit être reposant, de ne pas être la seule personne dans un groupe à se méfier de quelqu’un. Je me rappelle ado, je disais à maman ou à mes soeurs: « attention, cette personne va te causer des ennuis. » Il suffit d’une seule, et brève rencontre. Le temps passe, dans ces cas là pas bien longtemps, et puis boum. Quand je dis ennuis, évidement je ne parle pas de petites querelles.

Inconsciemment, un mot n’est pas juste un mot. Si je ne suis pas fatiguée ou inquiète, je vis une conversation en pleine conscience, j’assimile chaque mot, chaque pause, chaque virgule, une intonation qui varie me fait sursauter, je suis ultra présente, et j’absorbe. Ah oui, écouter, entendre … je vais bien au delà. Une phrase, puis 2 … alimentent un système de pensée qui est bien plus rapide que moi, je ne suis aussi rapide pour rien d’autre.

Et quand tu as une intuition, tu en fais quoi ?

Eh bien, il y a des gens qui ne veulent pas savoir : « Quand même! je suis grand- ce n’est pas à mon âge que ce genre de chose va m’arriver » « pourquoi te mettre dans un état pareil ? Tu veux me protéger ? mais de quoi?Il ne va rien se passer »

Puis, le classique : « Tu te fais des films! » Et, ce que ma maman me dit : « surtout ne t’en mêles pas, laisse les vivre cela jusqu’au bout. » Je ne sais pas si c’est parce que c’est maman qui le dit, mais ça je n’y arrive pas, j’ai le sentiment de devoir protéger, mettre en garde, avertir. Mais il est vrai que, les gens n’aiment pas entendre autre chose que ce qu’ils ont envie d’entendre. Alors, une fois que j’ouvre ma bouche, je me retrouve sur la touche, on me met en quarantaine pour me punir. Et puis, tout se passe quand même, discrètement, avec moi assez loin pour ne pas voir. Mais de mon côté je continue à sentir, à ressentir ce qui se passe, je n’ai pas de vision, j’insiste. c’est vraiment de l’ordre de la pensée. C’est épuisant, je me dis maintenant que c’est maman qui a raison. Je dois peut-être laisser   faire/ être/ mentir/ trahir/ abuser et rester bien tranquille dans ma vie à moi.

Alors, je ne veux pas te faire peur. Tu peux me parler librement et peut-être que je passerai à autre chose. . . bon, j’ai un doute. Je ne le fais peut-être pas avec tout le monde, je suis parfois, peut-être normale.

Et toi, comment ça se passe chez toi ? Est-ce que tu as ce genre de sensation, est-ce que il te semble ressentir des choses, lire en certaines personnes? Comment on fait pour vivre avec ça? J’ai besoin de savoir comment continuer à vivre avec tout ce la sans que ça ne devienne une contrainte (comme c’est le cas aujourd’hui)

Je partage vite, et je file à la crèche.

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