Ce que je vois dans ton regard

Debout sous la pluie. Être présente physiquement, mais loin, tellement loin que les voix qui nous parlent sont inaudibles et que le futur semble incertain. Vide, le ventre vide, le corps épuisé, l’âme torturé.  C’est toute notre vie qui est remise en question. Qui suis-je? Qu’est ce que je fais là, pourquoi, pour qui?

Cette sensation de flotter, de bouger sans pour autant maîtriser ses pas. On fait ce qui doit être fait, on attire pas le regard, discrète et absente. Épuisée. Je me suis perdue sur le chemin du bonheur et là mon entourage euphorique ne peut pas m’aider. C’est alors que doucement il disparaît. Dans ce tourbillon, dans cette tempête lourde, dans le froid, sous la pluie je suis seule. Personne ne peut m’aider. Enfin, je vois le monde à travers un filtre sombre, négatif, en noir en blanc et tellement triste. Jusqu’au jour où, une autre femme me tendra la main. Puis une communauté de femmes, (des inconnues? et alors) nous sommes tellement plus fortes ensembles. J’ai serré dans mes bras une inconnue, et puis non, elle me connait mieux que bien des proches, je pense même qu’elle m’a sauvé la vie. Je lui ai dit merci, nous avons ri et je me suis éloignée, légère, sereine, et même … heureuse. Je suis partie en me disant « plus jamais » Plus jamais je ne me tairai, plus jamais je ne regarderai le sol, la tête lourde alors qu’on me parle.

Et puis un ami m’envoie ce lien. Une réalisatrice/apnéiste/ danseuse Réunionnaise qui dans le silence le plus profond, me parle. Toutes ces choses que je n ‘ai jamais osé dire, sont là. Julie Gauthier signe AMA, une chorégraphie poétique dédiée aux femmes du monde.

La légende signée Julie explique:

« Ama est un film sans parole qui raconte une histoire que chacun peut interpréter à sa manière, selon son propre vécu, tout est suggéré, rien n’est imposé.

J’ai voulu mettre dans ce film ma plus grande douleur en ce monde. Pour qu’elle ne soit pas trop crue je l’ai enrobée de grâce. Pour qu’elle ne soit pas trop lourde je l’ai plongée dans l’eau.

Je dédie ce film à toutes les femmes du monde. »

*La réalisatrice Julie Gautier est originaire de L’île de La Réunion où elle découvre la plongée sous marine avec son père, et la danse auprès de sa maman danseuse. Alors âgée de 26 ans elle s’installe à Nice et devient une figure incontournable de la cinématographie sous marine. Si vous avez vu le clip Runnin’ (Lose it all) de Beyoncé (26millions de vues) alors vous connaissez déjà son travail.

Alors, vous allez me dire: « mais cette femme est EXTRAORDINAIRE!! » et je vous répondrai juste : »C’est une maman Réunionnaise. »

Photo capture d’écran AMA youtube

Ama de Julie Gauthier

Credits AMA :

Choreographer : Ophélie Longuet Music : « Rain in your black eyes », Ezio Bosso. (P) Sony Music Entertainment. Cinematographer : Jacques Ballard Editor : Jérôme Lozano Colorist : Arthur Paux @ Spark Seeker Compositing : Gregory Lafranchi @GoneFX Sound mix : Nassim El Mounabbih @Dinosaures Production : Spark Seeker/Les Films Engloutis Associated Producers : Y-40 The Deep Joy/RVZ Camera Assistant : Arthur Lauthers Electrician Romain Mostri Safety Freedivers : Anne Maury – Fouad Zarrou Making off : Jimmy Golaz Camera Rental (Red VistaVision 8K) RVZ Light&Electric Rental : TSF Cannes Wardrobe : Tatiana Henri

DANGER! EHPAD en détresse!

Mon mari est fatigué. Lui qui ne se plaint jamais, je le vois, il est épuisé.

Quand il rentre, il me dit que pendant la pause de midi une de ses collègues a, encore, pleuré. Elles aussi n’en peuvent plus. Hier une collègue qui est en congé n’a pas été remplacée, oui en congé. Son absence n’a pas été préparée, anticipée: elle n’a pas été remplacée.

Mon mari travaille de 8h du matin à 20h, hier on lui a demandé de commencé plus tôt aujourd’hui. Il est fatigué, mais il a accepté, parce que ce qui ne sera pas fait avant son arrivée (par une collègue absente), c’est lui qui devra le faire à 8h. Il devra aller encore plus vite, très vite, avec des patients lourds, avec ceux qui le poussent, ceux qui le frappent, ceux qui crient. Il devra gérer son planning du jour, en offrant peu de temps à chacun. Il devra affronter le regard accusateur et le mécontentement des familles, si par malheur, un résident qui se tâche, se salie, pendant que lui fait autre chose, n’a pas « encore » été changé. Ils ne vont pas assez vite, vous comprenez! Il essaiera d’expliquer, il   voudra dire à cette fille «je finis de faire manger cette dame et je le change après.» La fille partira fâchée, essayer de changer elle même son père, qui ne sais plus lever les bras.

A mon mari de la gérer, elle aussi, et de l’aider parce que seule elle n’y arriverai pas. Hier, mon mari n’a eu pour pause que l’heure de son repas, 13h -14h30. Pas de pause de l’après midi, il n’a pas vu la relève arriver, il n’a pas abandonné ses résidents. De 8 à 20h, il a été présent, patient, à l’écoute de ses résidents et de leurs familles. Mais lui, personne ne l’écoute. Pas d’intérimaire pour remplacer les absences imprévues, ni celles qui sont prévues d’ailleurs. On l’appelle pendant ses jours de repos pour qu’il vienne, ça lui fera des sous en plus, n’est ce pas? Sauf que lui quand il est de repos il aimerai ne plus entendre parler des problèmes de son entreprise.

Aux dirigeants de cette jolie maison de retraite de luxe, je vous informe, des absences il va y en avoir de plus en plus. Est ce normal de devoir faire manger seul et en simultané,14 personnes âgés? Est-ce possible ?Là bas, les samedis et les dimanches sont les pires. J’ai peur que les pleurs des collègues ne deviennent des dépressions, et que ces dépressions ne les mènent au suicide. Parce que vraiment, autant de détresse chez des soignants, nous devrions tous avoir peur.

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Billet inhabituel mais la situation est tellement déplorable que nous devons tous nous mobiliser, maintenant!

Image pixabay

Mon brouillard

Mon brouillard

Je me réveille et tu es là. Enfin, j’ouvre les yeux, parce que depuis des mois, je ne dors pas.

Toi, tu es prêt. Comme moi, tu ne connais pas le repos. Tu t’immisces dans mon esprit et tu souffles de toutes tes forces. Dans ce tourbillon qui m’enveloppe, les voix sont multiples, bruyantes, rapides, confuses:

« Et si il arrête de respirer, tu fais quoi? »

« Et si il tombe, si il s’étouffe »

« Méfie toi »

« Garde les yeux ouverts »

« C’est à toi seul de t’occuper de lui »

«Et de toute façon tu es seule »

Mon brouillard

Personne ne te vois, personne sauf moi. Tu es là, vicieux, stressé, et moi, je ne bouge pas. Je t’écoute et j’attends que la tempête passe. Sauf que, tu n’as pas envie de t’arrêter, tu seras là pendant de longues heures. Des journées interminables, des semaines, des mois, de nombreux mois. Tu es accroché à mon esprit, et puis finalement tu le contrôles. Tu es fort, plus fort que moi, pendant longtemps tu le seras.

Comment en sommes nous arrivés là?  Toi, le brouillard si épais qu’il me fait naviguer sans repères et moi, la pauvre petite qui a l’air moins capable que les autres. Celle qui n’y arrive pas, c’est moi.

Celle dont on dit qu’elle est une maman poule, qu’elle a toujours l’air fatigué, que ses cheveux sont crasseux. C’est moi.

Celle que ses émotions font trembler pour finalement se retrouver, en pleurs, à terre dans le coin d’une pièce sombre, pendant que son bébé dort. C’est encore moi.

Celle a qui on a dit de laisser son enfant pleurer, qu’il n’en mourrai pas … Je vous ai entendu, et je suis transie de peur quand mon enfant pleure, d’angoisses, de nausées. Et en plus, votre jugement me fait me sentir encore plus coupable. Vous pensez m’aider, en me conseillant de laisser mon enfant pleurer, ça me paralyse. Je suis la maman coupable de trop prendre son fils dans ses bras, celle qui se promène enrobée dans un brouillard qu’elle ne choisi pas.

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Lecture qui me réconforte: « Sauve toi, la vie t’appelle » de Boris Cyrulnik

« La vie est folle n’est ce pas ? C’est pour ça qu’elle est passionnante. Imaginez que nous soyons équilibrés dans une existence paissible, il n’y aurait ni événement, ni crise, ni trauma à surmonter, de la routine uniquement, rien à mettre en mémoire; nous ne serions même pas capable de découvrir qui nous sommes. Pas d’événements donc pas d’histoire, pas d’identité. Nous ne pourrions pas dire : « voila ce qui m’est arrivé, je sais qui je suis puisque je sais ce dont je suis capable face à l’adversité. »

Boris Cyrulnik, il me semble qu’il a toujours les mots justes. J’aime le lire depuis des années, maintenant que je suis maman, il m’aide aussi à mieux comprendre mon enfant (du point de vue de la neurosciences) Et puis; j’apprends à accepter ma propre enfance. « Sauve toi, la vie t’appelle » est à lire et à partager sans modération.

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Et toi? Comment tu vas ?

Maman, tu as le droit d’être fatiguée!

Ce message est pour toi, la maman épuisée. Je peux te regarder droit dans les yeux et te dire que c’est compliqué. Ne crois pas tout ce que tu vois sur les réseaux sociaux, les maisons bien rangées, les bébés au lit tôt: tout semble calme, propre et si facile pour les autres. Les jeunes mamans au ventre plat, au brushing impeccable, combien de fois t’ont-elles fait te sentir incapable?

Ce message est pour toi la maman épuisée. Éloigne toi de ces images de vie parfaite. Sont-elles seulement vraies?

Tu fais de ton mieux et tu aimes tes bébés ! Tu allaites à la demande, tu ne les laisses pas pleurer . Ce que tu fais, c’est les laisser explorer. Tu les accompagnes dans la découverte des goûts, des fruits et des légumes. Alors oui, ça crée un énorme chahut. Et comme tu n’es pas un robot aspirateur de jouets, ta maison n’est pas tout le temps bien rangée.

Dans ta famille on partage tout, les journées et les nuits aussi. Le sommeil partagé t’a sauvé la vie. Un tel investissement cela peut être épuisant et c’est toute ta vie de femme qui devient alors compliquée. Mais regarde, tes enfants sont tellement heureux, libres et indépendants pourquoi ferais tu autrement ?

Avec tes enfants, tu es patiente. Tu ne cries pas, tu ne secoues pas, tu ne tapes pas. Tu observes, tu analyses, tu es bienveillante. Mais alors, avec toi même, c’est une autre histoire. Tu es trés exigeante. Sais-tu seulement, que tu as le droit de te trompe?  Tu as aussi le droit d’être fatiguée, et de le dire.

Ce message est pour toi chère maman épuisée, tu ne sais pas ce qui se passe dans les autres foyers. Derrière ces belles photos, lisses, à la limite de la carte postale, que se passe t-il?  Ces personnes ne vivent pas comme toi, vous n’avez pas le même passé ou encore la même aide au quotidien. Tu ne peux pas lui envier sa vie de carte postale, ces quelques images que tu vois passer, ça ne fonctionne pas comme ça.

Dans ta relation avec ton enfant, tu es l’adulte responsable. Tu dois maitriser tes colères et tes angoisses, tu ne veux pas que ton enfant souffre à cause d’une de tes faiblesses. Mais tout cela tu le sais, et tu fais un travail incroyable sur toi même. Une introspection sans pareil, tu es une super maman. Et cela, même si ce n’est pas facile tous les jours.

Écoute moi maman, tu es belle, tu es grande, tu es forte. Ton enfant ne voudrait pas d’une autre maman que toi.

À sa vie, tu es essentielle. Et dans ce monde tu es unique.

Hey maman! Hey papa! Si tu as besoin d’encouragements ou de mots doux, viens me voir on discute ❤ abonne toi